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2010 : bilan d'une année aux crises multiples

Le 5 Janvier 2011 - Version imprimable

L'année 2010 se termine, elle aura amené son lot de catastrophes et de crises. La tempête Xynthia et les inondations de Draguignan ont fortement marqué les esprits : tant par le nombre de victimes, que par les coûts économiques engendrés en dommage (près de deux milliards d'euros), sans compter les sommes de la solidarité en vertu des lois sur les PPRN.

Mais ces événements ont marqué comme d‘autres, heureusement moins douloureux humainement, mais aussi perturbants économiquement et socialement (grèves, tempête de neiges) que notre société fonctionne à flux tendus et que l'interdépendance est extrême.


Tout « aléa » entraîne instantanément une chaîne de défaillance entraînant des coûts économiques et des désordres sociaux grandissants.

4 jours de volcan Islandais, ou 2 jours de neige et les liaisons aériennes sont majoritairement bloquées entraînant le naufrage de milliers de passagers sans que, ni les aéroports, ni les compagnies aériennes soient réellement en mesure d'adopter des plans de secours « acceptables » dans une société développée. Idem sur la route, une gestion de crise en décalage, conséquence « des flous » dans la gestion entre acteurs et ce, à tout niveau, et la « pagaille » devient alors telle que le Président de la République doit prendre position.

Mais il faut le constater, les difficultés de coordination entre acteurs vont grandissantes, tant dans les objectifs de chacun, que dans les compétences, tant juridiques que techniques. Les acteurs sont tiraillés dans des logiques parfois contraires, les moyens « techniques » sont de plus en plus éclatés entre secteurs publics « différents » : État - collectivités et « privés ».

À cela il convient d'ajouter des comportements individuels, ou de corps sociaux, qui ne sont pas toujours à la hauteur des enjeux ; soit par la mise en avant d'intérêts particuliers, ou par la simple inconscience ou la non-préparation des personnes et des structures aux situations d'exceptions.

Bref, quand cela ne tue pas, cela coûte cher et lorsque cela coûte cher, c'est toute la société qui en pâtît ; alors que bien souvent, un tout petit peu de prévention, une meilleure planification, organisation, coordination et un peu de civisme peuvent changer la donne. A condition que chacun fasse sa part.

Or, la réduction des vulnérabilités n'est pas un vain mot, elle peut être mise en oeuvre, notamment dans les zones les plus exposées aux risques ; la planification, que l'État revoit de manière sérieuse depuis plusieurs années, à encore besoin d'une déclinaison territoriale forte et d'une « priorité politique ». Les Plans communaux de sauvegarde ne semblent toujours pas être une « priorité » des communes. L'information et l'alerte des populations face aux grands risques : une arlésienne. Même si des politiques sont annoncées, elles avancent pour le moins « timidement »... et ce pour ne parler que des principaux trous dans la raquette...


Comment s'en sortir ?

Les déclarations récentes du Président de la République et du Premier ministre montrent en tout cas une prise de conscience, espérons qu'elles insuffleront une véritable volonté politique pour améliorer la situation, car force est de constater que de crise en crise, les problèmes de communications attachées à la gestion de ces crises ne donnent pas une image positive de l'action de la sphère publique aux citoyens.


Il faut développer conscience et résilience... de manière concomitante.

Conscience sur les risques, sur les notions d'interdépendances et sur les coûts économiques et sociaux des « crises » qui, si elles sont ressenties par tous, ont du mal à être appréhendées, tant par les acteurs économiques, que par l'État lui-même.

Combien coûte une tempête de neige peu ou mal gérée ? Des REX et des analyses économiques doivent être menés. Que coûterait une attaque terroriste majeure ? Ou NRBC ? Nous avons estimé la crise sanitaire H1N1 à environ 1 à 1,3 milliard d'euros pour les dépenses de l'État mais qu'en est-il au plan sociétal ? Bref nous manquons de données objectives et scientifiques pour mettre en lumière les réels coûts économiques et sociaux...

Il faut donc investir le champ des études économiques et sociales au-delà du phénomène assurantiel et aborder les questions de « confiance et de comportement sociétaux » dans les situations d'exceptions, domaine où nous sommes très faibles. Le champ des évacuations d'agglomérations en est un exemple.

Ces études, si elles étaient menées, permettraient réellement de calibrer les coûts et donc les enjeux, et permettraient de « démontrer » l'intérêt des politiques de prévention et de résilience. Faute de cela nous n'avancerons pas ou tellement timidement, que nous courrons toujours après les crises.

La conscience de la sauvegarde des vies humaines est bien là, la conscience des coûts économiques et sociaux des crises fait encore défaut. La crise passée, vite on l'oublie. Au mieux un petit rapport ou une commission d'enquête sans lendemain. Il faut changer le paradigme.


Développer la résilience

Cela suppose une profonde préparation de la société tout entière et non seulement de l'État. Ce dernier peut et doit orchestrer mais encore faut-il avoir un orchestre, or aujourd'hui ni les entreprises, ni les collectivités, ni les citoyens, à quelques exceptions près ne sont partie prenante à la préparation et à la gestion des crises.

Il faut donc changer de paradigme pour réduire les conséquences humaines mais aussi les coûts des catastrophes, désastres et crises de toutes natures qui ont, dans une société fortement interdépendante, des conséquences toujours importantes, parfois majeures, voire vitales dans certains cas.


Pour cela , il faut expliquer et encourager la préparation et les bons comportements :

L'État doit lui même donner l'exemple, et il a encore des progrès importants à faire, notamment dans l'approche de la gestion des crises et dans ses relations entre acteurs.

Les collectivités, aujourd'hui ppour la plupart se sentent « exonérées » de l'effort confondant secours et sauvegarde, ou feignat de confondre en laissant la responsabilité à l'État. Cela ne peut fonctionner, les collectivités ont un rôle majeur dans la résilience et l'État doit être là pour les aider et les contrôler, mais il n'est pas là pour faire le travail des collectivités qui doivent bien ressentir le poids de la responsabilité et du contrôle.

Les citoyens eux-mêmes doivent comprendre les enjeux et la nécessité d'être préparé à affronter des situations d'exceptions, à la fois à leur domicile, au plan familial en mettant en place un plan familial de mise en sûreté, mais aussi dans leurs déplacements. Cela reboucle avec la nécessite pour l'État de « communiquer » sur les situations d'exception et sur les consignes de base pour les populations. Informations dont on parle souvent mais qui ne se manifestent jamais concrètement.

Les entreprises petites et grandes doivent également intégrer dans leur gouvernance et leurs organisations, les plans de sûreté et de continuité d'activité, il en va de la sécurité de leur capital et de leurs responsabilités juridiques et sociales vis-à-vis de leurs actionnaires et de leurs employés.


La résilience sociétale ne peut fonctionner que si chacun joue sa partition et « communique » avec les autres.

Les Britanniques ont mis en place des forums de résilience. Les Américains travaillent aussi sur le sujet, le Haut comité est d'ailleurs associé à ces travaux. Regardons ce qui se fait à l'étranger et investissons ces domaines.

Ce qui est certain, c'est que la Résilience demande la participation active de la société civile. Le Haut comité jouera en 2011 sa partition sur ce thème majeur pour la sécurité globale des populations.


Bonne année à tous.

Christian Sommade Christian Sommade Délégué général du Haut Comité Français pour la Défense Civile

www.hcfdc.org
hcfdc@hcfdc.org

 

 

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